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Volcans de

L'ile d'Ambrym

 

Réimprimé depuis le livre « Au milieu de feux volcaniques », chapitre 1 La forge du Volcan. L’histoire commence depuis la page 10…Les notes en italiques sont des observations non présentes dans le texte original.

 

« … La station de la mission médicale sur l’île d’Ambrym était située sur l’un des meilleurs endroits des Nouvelles Hybrides (le nom pré-indépendance de Vanuatu )… l’hôpital est devenu un centre d’activité et de vie. Mais peu de patients et de médecins avaient imaginé que sous le calme et la luxuriance de la nature se cachait la forge d’un volcan et qu’ils vivaient sur un volcan endormi. Le jour de l’éruption volcanique, les salles de l’hôpital étaient pleines de patients.

 

Au centre de l’île… se tenait le volcan actif, le Mt Benbow, nommé d’après l’un des hommes de guerre britannique (en bateaux) qui visita les îles… le H.M.S. « Benbow » conclu que (la plaine de cendres ) était la base démolie d’un volcan qui vola en éclats après une éruption les jours passées et que Ambrym… reste maintenant un mémorial au volcan détruit.

 

…Mais tous ignoraient, des indigènes aux colons anglais et français qui avaient élus domicile sur Ambrym, que s’étiraient de l’est à l’ouest une ceinture volcanique criblée de cratères éteints, d’où sortaient occasionnellement des vapeurs, seule indication du feu régnant en dessous.

 

En décembre 1913, le long sommeil… s’interrompit et le géant emprisonné se réveilla.

L’île était torturée de toutes parts par des explosions convulsives sortant de nombreux orifices. Les explosions étaient annoncées par une série de tremblements de terre… augmentant en fréquence et en intensité jusqu’à ce que la terre ferme chancelle et s’ouvre. Les bâtiments de l’hôpital étaient secoués comme un bateau en mer. Les indigènes dirent que Ambrym… dansait. Ainsi, depuis les orifices nouvellement formés s’éleva, tel le plus noir des brouillards londoniens, un nuage dense qui se répandis dans toutes les directions comme un champignon. En peu de temps, les cendres commencèrent à redescendre, faisant un bruit de grêlon et étouffant Ambrym et les régions adjacentes sous une épaisse couche de cendre volcanique.

…Pendant la journée de denses volumes de fumées pouvaient être vus parcourant l’île… mais les indigènes de Paama (île sur laquelle les missionnaires étaient installés ) pensaient qu’un feu de brousse faisait rage… Mais… la pénombre approchant ôta tout doute, révélant l’un des plus affreux… et l’une des plus magnifiques vues qu’il soit possible pour un homme de voir. Dépassant une zone de seize kilomètres, la terre semblait s’être ouverte et en dehors de cette fissure énorme des langues de feu émergeaient jusqu’au ciel. A un endroit… six volcans ont éclaté à faible distance les uns des autres avec de grands piliers de feu bondissant de leurs six fourneaux… Des rivières de lave sortaient des cratères nouvellement formés, et le flot de liquide fut si énorme qu’aucun canal ne pu le supporter… Dans l’obscurité, enroulé parmi les collines, le chemin de lave rouge et brûlante était comme la trace d’un serpent… Quand l’énorme masse de … lave se mélangea avec l’eau de l’océan… Une aurore boréale d’étoiles shootées – masses de lave chauffée à blanc – pouvait être vue bondissant continuellement ; et une colonne de vapeur de même taille émergea comme si un nouveau volcan avait éclot sur le rivage.

 

Les éruptions durèrent toute la nuit… des masses énormes de laves rouge, blanche et brillantes étaient lancées très haut… formant un étalage de feux d’artifice tel que peu de mortels peuvent avoir l’occasion d’en voir dans leur vie… pendant que la nuit se poursuivait, on aurait dit que la terre de Paama (30 kilomètres plus loin ) allait s’ouvrir… Dès que notre bateau à moteur pu être lancé, nous nous lançâmes au secours… Nous pouvions voir des foules d’indigènes rassemblées à côté de Pansileo… agitant des branches pour se signaler. Les gens étaient pris de terreur. Ils étaient arrivés de la zone en feu de Port Vato… leurs maisons et ce qui leur appartenait avaient été réduit en cendre. Toute verdure avait brûlé…la terre n’offrait plus qu’un spectacle de désolation. En promettant de revenir, nous nous rendîmes aussi vite que possible à l’hôpital.

 

Le séjour sur les côtes d’Ambrym était effrayant au possible… Les cendres tombaient de partout et la mer était couverte de débris et de pierres. Plusieurs volcans éructaient des restes près des villages. A intervalles irréguliers, de fantastiques explosions se faisaient entendre, quand toute nature paraissait chancelante. Cette scène ressemblait aux images du jugement dernier – le paradis et la terre réduit en cendre. Mais quel choc et quelle surprise nous avons dû supporter quand en tournant à Craig Cove Point nous avons vu un volcan surgir du sol de l’hôpital !

 

… (D’après les survivants, quelques temps après) nous avons eu l’histoire de leur magnifique délivrance. (N’étant pas au fait de la fracture à travers l’île) le pire qui puisse arriver, que le docteur ait imaginé, aurait été qu’un flot de lave survienne dans la vallée derrière la station de la mission ; mais comme l’(hôpital) était encerclé de collines, il semblait impossible qu’un tel événement se produise… certains membres du personnel… allèrent voir (le flot de lave)… Tel une avalanche incandescente, (la lave) balaya tout sur son passage… projetant des arbres en l’air. Retombant dans la lave incandescente (les arbres ) rebondissaient comme des ballons. Ce courant de lave était long de seize kilomètres, large de deux cent mètres et progressait à la vitesse de six kilomètres heures. Quand la lave atteignait la mer… ça frissonnait comme un verre qui fond, en million de particules ; d’énormes ampoules s’étaient formées, explosant comme des volcans miniatures. Le ciel était assombri et sur des kilomètres à la ronde la mer était recouverte de débris de toutes sortes et de poissons morts.

… Après une journée de repos… des indigènes terrifiés arrivèrent de villages intérieurs avec des informations comme quoi la terre s’était ouverte un peu plus haut dans la vallée et que la lave avait formé un lac de feu… un grand nombre d’infirmes et de personnes âgées avait été laissés derrière en périssant…

 

(en évacuant l’hôpital) un brasier éclata entre le (volcan) qu’ils regardaient et la mer, à 500 mètres de la station… Ils virent un côté de la colline cracher du feu, à moins de 500 mètres de là. Sur les dents (le docteur et son assistant) se rendirent à l’hôpital pour vérifier que l’endroit était propre, ils revinrent rapidement au bateau… pendant que le sol s’agitait sous eux. A l’endroit où se tenait le bateau… la mer bouillonnait et le bateau ne touchait pas la plage… Balançant (une boîte ) dans l’eau entre eux et le bateau, Mr Boiley et lui purent sauter sur l’embarcation. Ils étaient à peine parti que la terre bougea dans un grand fracas, et regardant derrière lui, le docteur vit sa maison et son hôpital être projeté en l’air. Un volcan avait éclaté au beau milieu de l’hôpital… une colonne de vapeur fut projetée avec tant de force qu’en moins d’une minute elle avait atteint une altitude de 6500 mètres au-dessus du  niveau du cratère, remplissant l’atmosphère de poussière et de cendres. A cette altitude, les particules de roches finement réduites en poudre furent prises dans les vents dominants… Un bateau à vapeur transmettant le courrier, à plusieurs centaines de kilomètres de là entre les îles Fidji et l’Australie, eut son pont couvert de cendres volcaniques… La vapeur compressée parcourant vélocement et à grande vitesse l’orifice nouvellement formé fit du volcan une énorme machine hydroélectrique, et généra d’énormes quantités d’électricité. L’atmosphère fut chargée avec ceci, et chaque seconde vit des éclairs vifs sortirent des nuages… c’était comme s’ils allaient étouffer dans les cendres brûlantes… Leur situation semblait tellement sans espoir qu’ils se demandèrent s’il ne valait pas mieux périr noyé que brûlé vifs par les cendres retombantes.

…En mer, ils rencontrèrent une goélette qui arrivait en secours de l’île de Malekula. Embarquant leurs nouveaux réfugiés (depuis leur chaloupe ) dans la goélette, ces hommes au cœur de lion retournèrent avec la chaloupe dans gueule des enfers, dans l’espoir de secourir quelques indigènes. A l’endroit où était ancré le bateau Craig Cove, ils trouvèrent une foule de réfugiés attendre une chance de survit. Pendant qu’ils continuaient leur chemin à travers le passage des bateaux, l’éruption franchi un cap dans la folie du volcan pour atteindre sa phase terminale. En mer, à environ un kilomètre et demi de l’endroit d’où se tenait l’hôpital, un volcan sous-marin éclata faisant naître une île d’une centaine de mètres de haut. Ce bouleversement entraîna un raz de marée et rendit la mer si dure qu’il était impossible d’approcher la côte. Des signaux furent fait pour indiquer aux réfugiés de traverser la colline pour aller à un autre lieu d’embarquement de l’autre côté. De là, le bateau fut rempli à craquer de réfugiés…

 

… Je réduisis notre opération de sauvetage aux districts d’Ambrym à Paama… la mission était un bateau ouvert et de grandes précautions durent être prises de peur qu’il ne soit renversé et coulé… Un païen au corps nu et peint, grimpa avec son arme à feu dans une main et un enfant criant dans l’autre… Il n’y avait pas de distinction entre païens chrétiens. Tous étaient embarqués ensemble dans l’impatience générale de partir loin, personne ne pensait à l’autre autrement que comme un compagnon d’infortune.

 

A mi-chemin dans le canal, un étrange spectacle eut lieu. Sous les nuages une bande brillante apparu soudainement, descendant vers les montagnes, rougeoyante et cramoisie. C’était une bande de lave d’une éruption sur le bord des plaines de cendre. Cette bande ardente comme un ruban rouge, si magnifique, continua  de scintiller et de briller loin dans la nuit. Elle atteignit les nuages au-dessus et une garda une étonnante brillance le long de son chemin tortueux.

 

…l’un des volcans cracha de grosses quantités de matières ressemblant à des morceaux de verre tourbillonnant, appelés les cheveux de Pele. Ils douchèrent les villageois. Comme les indigènes ont une croyance superstitieuse de ce genre d’événement, les hommes sacrés déclarèrent que les esprits du volcan étaient en colère après eux. Pour apaiser le courroux des démons offensés, des jeunes gens furent envoyés pour escalade le volcan et jeter des branches de cocotiers dans le cratère comme offrande de paix… en dépit du terrible danger… ils atteignirent le sommet et regardèrent dans son horrible profondeur… il y avait beaucoup de tristesse dans leur voix quand ils reportèrent l’état de la situation tout en haut. Le feu était impossible à éteindre, et ils reconnurent qu’ils auraient eu un combat ardu pour en venir à bout avec des cocotiers. Quand ils virent que cette méthode était inefficace, les indigènes païens s’accusèrent mutuellement d’être responsable des éruptions* et commencèrent à se battre. Ainsi quelque chose d’extraordinaire se passait : pendant que la rivière de lave détruisait leur vie et leurs propriétés, les païens étaient en train de s’entretuer… !

 

…Et un vieux chef de Paama… qui montrait beaucoup d’affection aux réfugiés me dit que lorsqu’il était enfant il se souvenait avoir vu une grosse éruption sur l’île (proche ) de Lopevi quand une grosse foule d’indigènes … trouvèrent refuge sur Paama. Je demandais alors à l’homme s’il était aussi gentil à ce moment… avec un sourire il me répondit : « On les a mangé. »

 

…(quelques jours après que l’éruption ait cessé) A l’endroit où se tenait l’hôpital prenait place de l’eau sur 25 mètres de profondeur. Quand il fut sondé par le H.M.S. « Sealark », le lagon forma pour les bateaux un port peu profond, sécurisé, protégé des tornades par la terre (l’entrée a depuis été complètement fermée avec plus d’un kilomètre de boue et de lave – tout ce qu’il en reste est un lac ). La première fois qu’une tentative fut faite pour entrer le lagon, une explosion sous-marine choqua les occupants du bateau et leur fit passer l’envie de continuer plus loin l’exploration… La destruction de l’hôpital était ainsi complète  et les bâtiments de la mission qui ne convenaient pas furent abandonnés… et beaucoup de vie furent perdues (officiellement 21, mais le nombre total peut seulement être estimé ).

 

* Un compte rendu local établi que les éruptions furent causées par le Docteur et le staff de la Station de la Mission. On leur avait dit de ne pas manger certains fruits et certaines noix de cocos, de peur d’offenser le courroux des dieux du volcan, le docteur européen ignora ces avertissements comme les considérant comme des  superstitions païennes. Après seulement quelques semaines, l’hôpital et le station étaient soufflés par les entrailles de la terre.


Volcans de l'ile d'Ambrym

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